(Photo : Wikipédia)
Cette année, marque le 10e anniversaire du printemps érable.
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Les jeunesses plus fragmentées qu’auparavant

Par Ève Ménard

Il y a deux semaines, la jeunesse étudiante a repris les rues, surtout à Montréal, pour manifester en faveur de la gratuité scolaire, de l’environnement et des stages rémunérés, entre autres choses. Le 22 mars dernier, journée de mobilisation, marquait aussi le 10e anniversaire du printemps érable.

Les images qu’on voit défiler à travers les médias mettant souvent en valeur ces jeunes mobilisés et politisés. Mais nous renvoient-elles à une vision erronée de la jeunesse? Cette dernière est-elle aussi progressive qu’on le croit? Stéphane Kelly, professeur en sociologie au Cégep de Saint-Jérôme depuis 2003, suggère plutôt que la jeunesse soit plus fragmentée qu’au-paravant. Elle est beaucoup plus complexe qu’on l’imagine. Celui qui s’intéresse aux générations depuis une vingtaine d’années nous explique les nuances.

Montréal et le reste

À Saint-Jérôme, en 2012, le Cégep avait été l’un des plus longtemps en grève dans la province. Mais déjà à l’époque, des élèves des programmes techniques se montraient plutôt « tièdes » à l’égard des mobilisations.

Plus la grève progressait, et plus les gens à l’extérieur de Montréal arborait une opinion négative du conflit, indique le professeur. La semaine dernière, contrairement à plusieurs établissements de la métropole, le Cégep de Saint-Jérôme n’était pas en grève. Depuis une vingtaine d’années, Stéphane Kelly remarque qu’un fossé se creuse entre Montréal et le reste de la province.

Au lieu de parler d’« une » jeunesse, nous devrions toujours parler « des » jeunesses. Dans un texte publié en 2018 à l’aube des élections provinciales, Stéphane Kelly distingue notamment deux groupes : d’un côté une « minorité énervée, fortement scolarisée et favorisée » souvent située dans les milieux urbains et les campus. Et de l’autre, une « majorité silencieuse et tranquille, moins scolarisés et moins favorisée » souvent située dans les milieux ruraux.

Enracinement et socialisation

Le second groupe serait moins politisé et plus conservateur. Comment expliquer ces constats? Dans les villes et les villages à l’extérieur de Montréal, le professeur remarque des rapports intergénérationnels plus significatifs, ainsi qu’un enracinement plus prononcé chez les jeunes. Ceux-ci ont alors tendance à adhérer aux positions politiques de leurs parents et à les perpétuer.

« Ils sont plus enracinés, plus pragmatiques et ont tendance à être plus conservateurs, moins progressistes que la moyenne des étudiants sur les campus à Montréal », précise monsieur Kelly.

Lorsqu’il côtoie ses élèves, l’enseignant remarque aussi que la politique n’est plus centrale chez la majorité d’entre eux. Selon lui, l’institution la plus importante chez les jeunes n’est plus l’État, comme c’était le cas dans les années 1960 et 1970, mais plutôt la famille.

« Du moment qu’on ne considère pas l’État comme l’institution principale, on n’est pas vraiment motivé à mettre des énergies bénévolement dans des actions politiques. »

Une mosaïque

Plus surprenant encore, Stéphane Kelly suggère que les jeunes nés au tournant des années 2000, ceux que nous associons de plus en plus à la génération Z, seraient plus conservateurs que la génération qui les précèdent. Dans ses salles de classe, des choses ont changé. De plus en plus d’étudiants sont hostiles au mouvement « woke », ce qu’on ne voyait pas auparavant. D’autres sont pro-Trump.

Plusieurs sont favorables à la CAQ. Cette session-ci, des élèves ont porté des chandails en appui à la cause des anti-vaccins. « Je n’aurais jamais vu ça il y a quelques années », souligne Stéphane Kelly. « C’est une mosaïque, maintenant, la jeunesse. »

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