| Par Daniel Calvé

Professionnelle des loisirs : Craintes majeures pour la santé mentale des aînés en foyers

Alors que la période d’isolement des Québécois a été prolongée de trois autres semaines, une intervenante de première ligne craint une détresse psychologique accrue des aînés en foyers.

 

Isabelle (nom modifié, car anonymat demandé) est une monitrice en loisirs jérômienne qui oeuvre depuis 25 ans auprès des personnes âgées, à des centres d’hébergements du CIUSSS du nord de l’île de Montréal.

«Nos aînés s’ennuient tous, mais en passant la fête de Pâques en isolement, je crains que plusieurs craquent. Ils sont habitués à recevoir, par exemple, leur plat préféré pour cette fête et à voir la parenté. Mais là, rien ne passera la réception: ni les colis, ni les gens», a-t-elle fait valoir, tout en étant consciente que le coronavirus demande de telles mesures.

Moral dans les talons

Tout comme ses collègues, Isabelle s’efforce à rehausser le moral des troupes. «Ce n’est pas facile de réconforter des personnes déjà hypothéquées. Habituellement, on formait des groupes au solarium d’étage, pour tenir des jeux d’adresse, de quilles, de ballons, des chorales, des ateliers de peinture ou des visites à une garderie d’enfants. Là, j’essaie d’être créative, tout en conservant une distance avec les résidants, confinés à leur chambre. J’apporte moins de matériel. Je les fais chanter individuellement, malgré l’atmos-phère morose. Ils retrouvent leur sourire quand j’établis un lien vidéo Facetime avec leur proches. Je retourne souvent deux fois par jour au même étage, quand les patients souffrent».

À l’ennui s’ajoutent les craintes d’une contamination, surtout depuis les cas de 24 personnes testées positives, dont sept sont décédées, au CHSLD Notre-Dame-de-la-Merci. «Au pire, je n’ai pas peur d’être affectée. Je vais m’en sortir si j’attrape la Covid-19. Mais les personnes âgées ne sont pas équipées pour l’affronter. On a eu 7 cas de patients positifs sur un même étage. Il y a 16 lits préparés pour les accueil-lir au 1er étage. Des infirmières spécialisées sont affectées uniquement à ces cas. On éprouve toujours une crainte, mais je suis religieusement les étapes de décontami-nation avant d’entrer au travail».

Mesures inégales

Le CIUSSS du nord de l’île de Montréal n’est pas le seul à avoir été frappé de plein fouet par l’éclosion de COVID-19 à six de sesétablissements. Un resserrement des mesures serait souhaitable, estime Isabelle. «À un établissement, la salle à manger est ouverte, alors qu’à un autre, elle est fermée: Il y a des disparités. Les gens ont beau être placés en X (siège vide entre chacun), personne ne sait s’il y aura une contami-nation croisée».

«On comprend aussi qu’on pourrait se trouver dans une situation de pénurie en termes de masques et de gants. Les médecins et infirmières sont priorisés et c’est correct. Personnellement, je travaille sans équipement. Tu te dis que tu te sauveras de ça (une infection). Mais après, tu songes à ton conjoint et à ta famille. Vais-je ramener ça à la maison ? Devrais-je profiter de la proposition de M. Legault d’aller à un hôtel, au lieu de revenir à la maison ? J’y songe».

Un rappel des ressources

En cette période de pandémie, le CISSS des Laurentides souhaite sensibiliser les citoyens de la région à tout de même assurer une vigilance auprès des personnes les plus vulnérables. Certains organismes peuvent offrir de l’aide :

  • Aide Abus Aînés : 1 888 489-2287
  • Signalement DPJ : 1 800 361-8665
  • SOS violence conjugale : 1 800 363-9010
  • Info-Social | 811
  • Centre prévention suicide Faubourg : 1 866 APPELLE (277-3553)

Le CISSS des Laurentides vous rappelle que si vous éprouvez des symptômes d’allure grippale, vous devez communiquer rapidement avec la ligne d’information générale de la COVID-19 en composant le 1 877 644-4545.

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