| Par lpbw

L'héritage de Marc Gascon

En octobre 2012, le maire de Saint-Jérôme, Marc Gascon, annonçait qu’il ne solliciterait pas un nouveau mandat. Élu pour un premier mandat en septembre 1995, il quitte son poste dans sa 19e année à la tête de Saint-Jérôme après cinq mandats.

Et si l’homme laissera un héritage, celui-ci se résume symboliquement à la devise de la ville « Par notre volonté » qui affirme la détermination des citoyens à façonner eux-mêmes leur histoire.

« Ensemble, on peut aller plus loin »

« J’aurai pu solliciter un autre mandat, mais je pense que je suis mûr pour relever de nouveaux défis, » nous dit Marc Gascon, lors d’une entrevue. « De par ma formation (criminologue, il a travaillé 17 ans comme expert en psychiatrie légale à Pinel) je pars avec la satisfaction du devoir accompli, avec les bons et les moments plus difficiles. Ce qu’on demande à un bon leader, c’est de garder le cap. On regarde la qualité d’un capitaine dans la tempête, pas dans les eaux calmes. Et je pense avoir démontré aux citoyens qu’on n’avait rien à rougir à Saint-Jérôme et qu’au-delà des rumeurs, des allégations, on garde le cap et on continue. »

– L’homme a souvent fait les manchettes en 2010 et a dû se défendre d’allégations de corruption et de conflits d’intérêts au cours des dernières années.-

Animé (un mot qu’il affectionne particulièrement) dès ses débuts par cette volonté de reconstruire, de dynamiser, de sortir Saint-Jérôme de la réputation de capitale de "BS" qui lui était affublée lorsqu’il est arrivé à la mairie, il aura laissé par ses actions, toujours profondément réfléchies, symboliques, sa marque, celle de démontrer qu’avec de la volonté on fait de grandes choses.

« J’avais au fond du coeur la devise de notre ville qui m’animait personnellement, « C’est par notre volonté ». Ensemble, on peut aller plus loin, on est capable de faire de grandes choses encore faut-il croire en nous et mettre les efforts pour le faire, » ne cesse-t-il de rappeler. C’est ce que je me suis évertué à démontrer tant bien que mal. »

Par ailleurs, pour Marc Gascon, passionné d’histoire, qui a vécu la fusion des municipalités en janvier 2002, constate que c’est « le tournant des plus essentiel dans l’histoire de la ville et un clin d’œil de l’histoire. En faisant la fusion, on est revenu à notre territoire initial, la paroisse de Saint-Jérôme! »

Il fallait y croire

À son arrivée, il a 38 ans. Il trouve une ville « moribonde », un conseil municipal en « guerre fratricide ». Il n’a alors aucune expérience politique. « Je suis arrivé dans un conseil divisé, 4 contre 4, dans la ville non fusionnée, avec 23 000 citoyens, donc un budget beaucoup plus restreint. Je tranchais chacune des décisions au début de ma carrière pour ensuite arriver relativement rapidement à un certain apaisement… »

Marc Gascon est Jérômien de souche « Ma famille est ici depuis plusieurs générations. J’étais vraiment interpellé par cette ville et j’étais agacé qu’on en dise toujours du mal. Saint Jérôme ville de "BS" devenait pour moi un irritant. Il fallait donner un coup de barre. Saint-Jérôme était une ville industrielle du “ secteur mou ”, mais quand l’industrialisation est tombée, c’est devenu une ville avec des difficultés économiques importantes. Il fallait relever la tête et il fallait dire aux citoyens de croire en eux. »

Gascon veut avant tout démontrer que la ville a des ressources et des capacités d’agir. « C’est pour cette raison que les premières décisions prises voulaient pour donner un signal fort aux citoyens. Et ce fut la construction du 10 Saint-Joseph. Il fallait donner un signal en faisant un édifice qui allait renverser la vapeur. Pour montrer que cette capitale régionale, moribonde, a tout ce qu’il faut pour réussir ».

Le maire se souvient qu’à l’époque, le midi, il sortait de l’ancien hôtel de ville pour voir les travaux. « J’entendais les citoyens dire à quel point ils n’y croyaient pas. Et, finalement, la bâtisse s’est construite et ça a été le signal! Ensuite, la ville s’est prise en main pour donner une nouvelle image urbanistique du centre-ville. On a posé les premiers jalons pour donner un signal fort à notre population que, oui, nous sommes capables de grandes choses. »

Une exigence l’animera sans relâche; « arriver au bien de notre communauté ». À l’heure actuelle la Saint-Jérôme est la 15e ville en importance au Québec « ce qui nous a donné des leviers importants au niveau gouvernemental ».

Transcender les craintes

Les signaux ne s’arrêteront pas là. Marc Gascon ne cessera jamais de peser chaque décision avec cette volonté de redonner un centre-ville aux citoyens et de ramener le sentiment de fierté. « Je prends l’exemple du choix des trottoirs en pavé uni, esthétiques et durables, alors que le béton est moins coûteux. C’était une révolution dans la pensée locale. Il fallait convaincre et transcender ces craintes-là, celles qu’on n’est pas nécessairement digne (né pour un petit pain) ».

Et « Lorsqu’on sort d’un certain nombre d’années de torpeur avec un certain attentisme, c’est troublant pour plusieurs. Ils se disent : ce jeune maire, est-ce qu’il est en train de nous endetter pour des années? Pourquoi on fait ces choses-là, est que c’est vraiment nécessaire? Oui ça l’était. Il fallait faire la preuve que faire des choix un peu plus chers et de meilleure qualité donnent une vision de durabilité. »

Après il y aura eu sa bataille pour amener le train à Saint-Jérôme.

« Déjà en 1995, juste avant mon élection le CP était venu avec des vieux wagons de trains et l’image du retour du train à Saint-Jérôme m’animait. Et je me suis dit : on va y arriver! On n’a jamais lâché. Ça a pris 10 ans, cinq ministres des transports avant que j’obtienne le train. Et maintenant, c’est un incontournable. Et le train devait revenir au cœur de la ville. D’ailleurs, on a bâti une gare avant le train! C’était un risque calculé » Et là aussi de choix de construction de la nouvelle gare en bois est symbolique, « le bois dans les Laurentides fait partie de l’économie régionale et nous sommes la capitale! ».

Une fierté, l’Université

Passionné, Marc Gascon l’est assurément lorsqu’il parle de Saint-Jérôme. Il continue : « Venait aussi transcender l’idée d’un hôtel de région, de mon cru, j’étais inspiré de la France. On a le premier au Québec. Un immeuble qui correspond à une capitale régionale. Entre temps on a réalisé tous les aménagements de la place de la gare. Ce qui était majeur, car ça a redonné une place publique. On n’a pas conscience comme c’est important dans une ville. Ça aussi faisait partie des enjeux pour recréer une dynamique. » Et il ne faut pas passer sous silence, le transport, les véhicules électriques, l’électrification des transports.

« On a été les pionniers en Amérique du Nord à Saint-Jérôme. » Mais, « si je n’avais à faire qu’un seul projet, celui qui m’anime encore le plus et qui me rend vraiment fier, c’est l’installation de l’Université dans le centre-ville! » Et cela même si Marc Gascon se dit tout autant particulièrement passionné par le transport collectif il reste que « probablement c’est ma formation qui veut ça, le côté humain me fait vibrer et donner à sa communauté l’accessibilité au savoir, c’est la garantie de la prospérité d’un milieu. »

Une fierté qu’exprime également l’homme pour cette nouvelle ville qui attire de plus en plus de gens de l’extérieur « qui choisissent de venir vivre ici. Le message qu’ils apportent est : vous avez bien fait votre travail. Saint Jérôme est maintenant une destination de choix! »

Le lion

On ne peut parler de Marc Gascon sans mentionner le symbole du lion. « Les gens ont fait une alliance avec moi et m’ont affublé du titre de lion, ce qui n’est pas un désaveu, bien au contraire. Au bout du compte, chacun qui se promène sur la planète me ramène un lion, ce qui est devenu ma signature ! » nous dit-il avec une pointe d’humour et de fierté. D’
ailleurs, lorsqu’il est absent, une peluche de lion trône sur son fauteuil. « Ça m’avait aussi intrigué comme maire qu’une ville aussi ancienne au Québec n’avait pas d’armoiries. Et ça vient de ma formation, la symbolique est importante. On est influencé comme être humain par toutes sortes de symboles. » Pour lui, « si on veut continuer à s’identifier à quelque chose s’il ne reste plus rien, il reste ces éléments-là qui sont la base de notre communauté. »

La Ville de Saint-Jérôme s’est donc dotée en janvier 2002 d’un logo qui partage avec les armoiries la symbolique du lion, figure allégorique des valeurs qu’il inspire depuis des millénaires. Métaphore du courage et de la force, emblème de la justice, il représente aussi la connaissance.

Réapprivoiser les silences

Quitter? Le maire en parle en évoquant des- « sentiments mixtes, un peu de peine. Je discute de Saint-Jérôme avec autant de passion et ça va continuer de m’animer. Est-ce que j’aurai encore l’opportunité de faire valoir cette réalité-là? Je le souhaite! » Il confie avoir quelques idées pour son avenir, mais « il faut que la poussière retombe. »

Pour le moment, Marc Gascon décroche les cadres, enlève les bibelots de ce bureau qu’il occupe depuis 19 ans. « Je me suis forcé à commencer à dépersonnaliser ma réalité au quotidien. J’ai toujours été ici. Je dois me forcer à entamer mon processus de deuil. »

Et « quand il y a une porte qui se ferme, il y a une fenêtre qui s’ouvre, affirme- t-il, philosophe. Après 17 ans à Pinel comme criminologue la vie m’a amené ailleurs, probablement, dans les étoiles qui me guident, j’avais ça à faire ici. Et je l’ai fait avec passion. Il faut trouver ce qui nous anime, il faut aimer ce qu’on fait et, si on peut y ajouter une étincelle de passion, c’est encore plus intéressant, ça vous galvanise, vous allez encore plus loin et produisez des fruits extraordinaires, confie le maire en ajoutant : j’ai toujours mis ma contribution à améliorer la qualité de vie, le côté humain de notre condition. »

« Mais ce n’est pas l’œuvre d’un seul homme. Oui, je suis un leader, oui, j’ai une vision, oui, j’ai bousculé des choses, mais j’ai eu la chance d’avoir des gens dédiés qui m’ont accompagné, qui y ont cru, qui ont travaillé fort, » tient-il à préciser.

Pour M. Gascon, « le domaine inconnu reste insécurisant, mais je ne suis pas inquiet sur la suite d’une carrière. Si la vie m’amène à recroiser le service public, je suis toujours présent. »

Le ton devient plus émotif. « La principale peur est le silence. Le comment gérer cette accalmie. Le tourbillon du temps comme maire, du jour au lendemain, tout cela cesse. Il faut être lucide. Du moment où tu n’es plus au pouvoir, l’intérêt pour Marc Gascon n’est plus là. Le téléphone ne sonne plus. Dans ce contexte-là, je vais prendre une période de quelques mois d’arrêt. Quelques mois pour apprivoiser le temps. Depuis 20 ans, le temps ne m’appartient pas, même dans mes moments de convalescence ! Et je vais bien, je ne suis pas malade, » tient à ajouter l’homme de 56 ans.

Marc Gascon avoue par ailleurs avoir déjà eu quelques offres. « Mais je dois apprendre à changer de rythme, réapprivoiser les silences, me réapproprier ma propre vie, une vie privée. Reprendre contact avec mes amis. Un nouvel apprentissage. C’est presque un travail un plein temps! »

Et le prochain maire?

Des inquiétudes quant au prochain maire? « Oui! Essentiellement, Saint-Jérôme est sur une lancée extraordinaire. Ce qui est important est qu’il soit suffisamment allumé et lucide pour ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Il faudra qu’il prenne un temps d’arrêt, un recul, avant de tout déplacer, de tout refaire. Il faut prendre la bonne mesure des choses. Comprendre, entendre la réalité de cette ville, »nous partage Marc Gascon.

« J’espère qu’il n’arrivera pas avec le pic du démolisseur. On va souhaiter d’abord que nos citoyens aillent voter, prennent le temps, pour faire un choix lucide, et qu’ils transcendent, aillent au-delà des mots, au-delà des promesses; cherchent un leader rassembleur, pour amener Saint-Jérôme encore plus loin, » sera le mot de la fin.

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