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Il y a 102 ans aussi, on fermait les écoles et les églises

En ces temps de pandémie, il est bon de se rappeler que nos prédécesseurs, eux aussi, ont connu la maladie, le sacrifice, l’adversité… et la solidarité de leurs concitoyens. Écrit avec l’aide d’Henri Prévost, président d’Histoire et Archives Laurentides.

Il y a 102 ans… la maladie

C’est en octobre 1918, il y a 102 ans, que la grippe espagnole frappe de plein fouet Saint-Jérôme et ses alentours. Monseigneur Bruchési, évêque du diocèse de Montréal (qui inclut alors Saint-Jérôme), envoie une lettre au clergé et à ses fidèles. Il leur demande de suivre les consignes des autorités civiles pour arrêter l’épidémie. Quelques semaines plus tard, il ferme les églises. À partir du 20 octobre, le curé De La Durantaye, à Saint-Jérôme, donne donc ses messes… à distance! Il dit sa messe à l’église, seul, et sonne les cloches à 9h30 pour avertir ses ouailles de prier avec lui, mais chez eux, en famille. Les églises rouvriront leurs portes le 10 novembre. On fermera toutefois les écoles de novembre
à janvier.

Curé François-Xavier De La Durantaye en 1908. Photo : HAL, Collection Société d’histoire de la Rivière-du-Nord, P005

Dans l’Avenir du Nord, journal de l’époque, on peut voir des annonces pour des remèdes miracles contre la grippe, comme des capsules Crésobène à base de créosote, d’eucalyptol et de térébène balsamique, ou des Gin Pills pour aider vos rognons (reins) affaiblis par la maladie! Bell Téléphone demande même aux citoyens : « […] ne vous servez de votre téléphone que lorsque c’est absolument nécessaire. » Leur équipe d’opérateurs est, elle aussi, touchée par la grippe, au moment où le volume d’appels augmente « énormément » dû, on imagine, aux gens enfermés chez eux.

Heureusement, le passage de la grippe espagnole sera court, et Saint-Jérôme semble avoir été épargnée en 1919 et 1920. Ce sont toute-fois près de 14 000 Québécois qui mourront de l’épidémie.

 

 

Il y a 80 ans… le sacrifice

Durant la Seconde Guerre mondiale, un camp militaire est établi à Saint-Jérôme. La Regent Knitting, l’une des trois grosses usines qui emploient les Jérômiens avec la Dominion Rubber et la papeterie Rolland, obtient des contrats pour fabriquer du matériel de guerre.

Si l’économie va bien, les citoyens doivent tout de même se serrer la ceinture puisque des denrées essentielles comme le sucre, l’essence et le thé sont rationnées, comme partout au Canada. Certains cultivateurs échangent cependant leurs bonds de rationnement et font du troc, puisqu’ils produisent eux-mêmes certaines denrées rationnées comme les œufs, la viande et le beurre.

Dominion Rubber en 1950. Photo : HAL, Fonds Mgr Paul Labelle, P012

On demande aussi aux citoyens de contribuer à la récolte de matériaux, comme la ferraille, le papier et le carton, qui seront recyclés pour l’effort de guerre. Même les vieux os sont récupérés, pour produire de la colle pour les avions et de la glycérine pour les explosifs.

« Les citoyens ont fait de mauvaise fortune bon cœur », raconte M. Prévost.

 

Il y a 50 ans… l’adversité

Dans les années 60, Saint-Jérôme est reconnue comme une ville dure pour les ouvriers. Les conditions de travail sont difficiles, les emplois sont précaires et les ouvriers en ont assez. Comme un peu partout au Québec, les Jérômiens manifestent et font grève. Leur colère culmine le soir du 25 septembre. Ce jour-là, Jean Marchand, ministre fédéral de l’Expansion économique, accompagné de Robert Bourassa, premier ministre du Québec, annonce des subventions massives aux entreprises de la région. Croyant que cet argent devrait aller aux travailleurs, entre 300 et 500 manifestants prennent les rues d’assaut. Pierre Vallières, idéologue notoire du FLQ, vient même haranguer la foule. Des cocktails Molotov sont lancés, des vitrines sont fracassées et un drapeau américain est même brûlé dans le parc Labelle, avant que les forces de l’ordre ne dispersent les émeutiers.

Le journaliste Jean-Claude Lebrun de l’Écho du Nord. Photo : HAL, Fonds l’Écho du Nord, P031

Une semaine plus tard, le 5 octobre, l’enlèvement de James Cross par le FLQ plonge le Québec dans la Crise d’octobre. Des figures prééminentes du mouvement syndicaliste, comme Pierre Mercille, Jean-Pierre Potvin, Serge Loyer et Jacques Geoffroy, ainsi que Jean-Claude LeBrun, journaliste à l’Écho du Nord, seront arrêtés, questionnés et perquisitionnés, comme d’autres citoyens des Laurentides.

 

 

Il y a 22 ans… la solidarité

Durant la crise du verglas de 1998. Photo : HAL, Fonds l’Écho du Nord, P031

En janvier 1998, le verglas s’abat sur le Québec, faisant tomber pylônes et lignes électriques. Henri Prévost se souvient des beaux mouvements de solidarité citoyenne amenés par la situation. Des familles ont accueilli des sinistrés chez eux, et les villes ont rendu disponibles des locaux d’urgence. Des corvées de bois à Saint-Colomban ont même été organisées pour que les citoyens privés d’électricité puissent se réchauffer auprès de leur poêle à bois. Une corvée de bois qui en rappelle une autre, 126 ans plus tôt, faite par le curé Labelle en 1872 pour sauver Montréal d’un froid glacial et d’une pénurie de bois de chauffage.

Bref, malgré l’adversité, la solidarité laurentienne ne date pas d’hier!

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