(Photo : FAE)
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Grève de la FAE : Le manque de fonds commence à se faire sentir

Par Luc Robert

Malgré une bonne entraide entre grévistes, plusieurs membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) soutiennent en coulisses espérer régler au plus tôt avec le gouvernement du Québec, pour éviter d’aggraver des situations familiales déjà difficiles avant de débrayer en grève générale illimitée.

Plusieurs syndiqués se basaient sur la signature de mai 2021 de l’organisme de 60 000 membres pour conclure rapidement une entente avec Québec, mais les nombreux rebondissements inquiètent plusieurs professeurs.

« Rationnellement, il faudrait finir les négociations avant la période des Fêtes. Les offres et contre-offres rendent les gens nerveux. Vendredi dernier, plusieurs croyaient à un retour rapide en classes. Mais on a dit aux membres de ne pas partir en peur et de continuer à prévoir le piquetage pour la prochaine semaine, tant que ce n’est pas réglé. Ce n’est pas juste une entité qui fera la différence. Il faut donner un coup pour permettre à la fois aux professeurs expérimentés et aux nouveaux d’y trouver leur compte », insisté le délégué syndical Éric Coupal, à l’école Lucille-Teasdale de Blainville.

Fonds de grève

Plusieurs enseignants provenant la région de Saint-Jérôme travaillent au Centre de services scolaire des Mille-Îles, situé juste au sud. Des observateurs se demandent pourquoi la FAE ne s’est pas constituée un fonds de réserve en vue de la présente grève.

« Ce débat a déjà été traité par le passé. Les syndiqués ont préféré ne pas s’en créer un. Au volume, il aurait fallu en mettre de côté en maudit, de l’argent, pour accoter les fonds de grèves des grandes centrales comme la CSN, par exemple. Leur grand bassin leur permet d’avoir une réserve plus volumineuse. Ça aurait été une grosse et difficile ponction auprès de nos membres pour faire de même », a-t-il évoqué.

C’est que présentement, plusieurs professeurs mono-parentaux et d’autres couples dont les deux conjoints travaillent en milieu scolaire commencent à éprouver de la difficulté à joindre les deux bouts.

« Présentement à la FAE, si on sort des piquets de grève et qu’on revient en classe, on devra reprendre le processus du vote de grève au complet. Là, les syndiqués se questionnent : qu’adviendra-t-il de nos paies de vacances pour le temps des Fêtes ? Les hypothèques et tous les autres paiements mensuels entrent, mais nous avons reçu notre dernière paie complète le 23 novembre, et une autre partielle de deux jours le 3 décembre. On a été rapides à trancher et à sortir. La FAE a toujours été revendicatrice et drastique pour régler rapidement avec le gouvernement. Espérons que ça sera encore le cas cette fois-ci. Et de l’autre côté, ça fait l’affaire du gouvernement de voir des débrayages, car cela leur coûte presque 14 M$ de moins par jour à nous payer. Alors que nous, chaque jour de plus sans salaire fait mal », a confié un enseignant requérant l’anonymat.

Revendications

Alors que le front commun entend sortir à nouveau les pancartes du 8 au 14 décembre prochains, les syndiqués de la FAE entendent poursuivre leur grève illimitée sur le terrain. Le recours au télétravail lors de journées pédagogiques, ainsi que la réduction de la taille des classes pour alléger les tâches professorales, demeurent au cœur des revendications.

« Les jeunes professeurs ont besoin d’une meilleure structure pour favoriser une rétention de ceux-ci. Même pour les enseignants expérimentés, l’équilibre dans nos classes a changé. Les élèves qui réussissent à 75 % dans ma classe, je n’ai plus le temps à leur confier et à leur dire qu’on va mettre tout en oeuvre pour leur permettre d’atteindre par exemple le plateau symbolique des 80 % aux notes », constate notre source. 

« On leur parle au début de la session, ils fonctionnent bien par eux-mêmes, et on se revoit à la fin du semestre. Puis, on se consacre plutôt aux étudiants à cas particuliers qui ont 45 ou 50 % de moyenne. On les aide au maximum à atteindre la note de passage de 60 %, en leur fournissant les moyens et pistes pour s’améliorer. Mais ça prend du personnel de soutien, parce que nos membres sont de plus en plus essoufflés », poursuit-il.

Soutien entre profs

Entre temps des services d’entraides pour les professeurs s’organisent sur les médias sociaux, aves des offres monétaires pour aider à combler des besoins en nourriture, d’essence et de vêtements auprès de familles précaires en grève. Sur le terrain, la FAE s’est aussi organisée pour poursuivre au mieux la démarche de manifestations.

« On est parmi les mieux organisés. Nos infrastructures sont rodées : gaz, tables, poêles et tentes nous permettent de rester au chaud. Les gens nous soutiennent et nous apportent des collations, du café et de la pizza. On garde la cap », a spécifié M. Coupal.

 

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