Malgré que certaines listes d'attente semblent plus courtes
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Des listes d'attentes qui ne reflètent pas la réalité

SANTÉ. L’alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) le confirme: des subterfuges pour diminuer artificiellement les listes d’attentes sont bel et bien utilisés dans les établissements de santé de Saint-Jérôme et plus largement dans les Laurentides.

«Ici même à Saint-Jérôme, des intervenants nous ont rapporté avoir eu la consigne de mettre obligatoirement en place des thérapies de groupe, même s’ils jugeaient que des thérapies individuelles auraient été nécessaires pour certains patients, par exemple,» rapporte Caroline Simoneau, responsable politique de l’APTS des Laurentides. «Cette procédure fait diminuer les listes d’attente, du moins en apparence, mais le service s’en trouve affecté pour les gens qui ne reçoivent pas ce dont ils ont besoin.»

Répondant à l’appel de Gaétan Barrette, ministre de la Santé et des Services sociaux, qui souhaite avoir un portrait juste de ces stratégies de contournement des listes d’attente, l’APTS a lancé un appel à ses membres afin de recueillir des exemples concrets. «Nous poursuivons notre enquête,» dit Caroline Simoneau, «et nous invitons les travailleurs de la santé à nous faire parvenir leurs témoignages via le site internet www.aptsq.com/fr/leprestovasauter

Des témoignages probants

La consultation de la page de dénonciation mise en place par l’APTS, qui mène son enquête à la grandeur de la province, est hautement instructive: les commentaires étant publics (bien qu’anonymes) on y constate de multiples exemples de stratégies de contournement des listes d’attente, appliqués dans plusieurs régions du Québec. Selon l’APTS, le phénomène se serait largement amplifié depuis l’implantation des CISSS au printemps dernier. «On pense que c’est le résultat des pratiques d’évaluation de la performance,» dit Caroline Simoneau.

L’APTS rapporte également que des intervenantes sociales se voient imposer systématiquement la prise en charge de tous les nouveaux patients, même si elles n’ont pas une minute à leur consacrer. Ainsi, des listes d’attente seraient cachées, pour être envoyées directement dans les filières des psychologues et des travailleuses sociales.

La présidente de l’APTS, Carolle Dubé, s’en indigne. «Ça permet aux directeurs d’établissements de montrer patte blanche au ministère en affichant de beaux chiffres qui ne reflètent pas la réalité. Il s’agit d’un subterfuge scandaleux qui mérite d’être dénoncé.» Et, pendant ce temps, les intervenantes seraient débordées par la surcharge. «Elles sont surmenées,» indique la présidente. «Si rien n’est fait pour leur donner un peu de répit, il est clair que le presto va sauter. De plus en plus de travailleuses font état de leur épuisement et de leur impuissance devant une situation qu’elles ne contrôlent plus. Elles sont prises en étau entre les exigences irréalistes de leur employeur et leur code de déontologie. Cette tension est insupportable pour plusieurs d’entre elles. Il est temps de redonner aux intervenantes leur autonomie professionnelle.»

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