9 minutes qui doivent changer le monde

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Par Journal Le Nord
9 minutes qui doivent changer le monde

Je suis un homme blanc d’Amérique. Je reconnais mon privilège d’avoir grandi dans un monde où je n’ai jamais eu peur
de me faire tuer en raison de ma couleur de peau, de mes convictions ou de mes prises de position.

 

Je n’ai jamais senti un genou m’écraser le cou au point de m’asphyxier en 8 minutes et 46 secondes.

Mais, comme vous tous, j’ai ressenti tout le poids de l’injustice et de l’horreur devant l’homicide de George Floyd. Ce qu’a fait
le policier pour le maîtriser est ignoble, injustifiable et indéfendable.

Son geste déshonore la profession policière. Je suis également scandalisé de l’inaction des trois policiers qui, complices, ont assisté à la scène sans broncher.

Je condamne ce geste. Je ne le comprends pas.

Comme vous, je réprouve le racisme, la violence, la haine, l’homophobie et la xénophobie.

Combien faudra-t-il encore de souffrances, de colères, d’émeutes et de manifestations pour que cessent les actes haineux ?

On ne devrait jamais avoir peur d’être tué à cause de la couleur de sa peau, de sa religion, de son genre ou de son orientation sexuelle. JAMAIS !

Chasser les maillons faibles

La police est-elle toujours juste et égale? Ne soyons pas dans le déni et l’angélisme. Des discriminations sont réelles. Dire le con-
traire serait refuser de faire son auto-examen.

Durant les 30 années où j’ai porté l’uniforme, incluant celles où j’ai été le directeur du SPVM, j’ai vu une quantité innombrable de policiers faire de bons coups. J’en ai aussi vu une poignée mal agir. N’oublions jamais qu’une chaîne est toujours aussi forte que son maillon le plus faible. Ce qu’on doit en comprendre?

Tant qu’il y aura des policiers qui abuseront de la force de leur genou plutôt que de leur jugement le plus élémentaire, ils tireront les autres vers le bas.

Les gestes abjects des quatre policiers du Minnesota ont contribué à creuser davantage le clivage qui existe entre les policiers et leurs concitoyens, et ce, pas seulement aux États-Unis, mais partout dans le monde.

J’ose croire que nous ne réduirons pas l’image des policiers à Derek Chauvin, ce policier perfide qui est l’antithèse de ce qui est enseigné dans les écoles de police.

Le pire existe. Le meilleur aussi.

Pensons à l’audacieux projet Immersion récemment lancé par Fady Dagher, le directeur du SPAL. Des policiers ont été envoyés sur le terrain sans armes ni uniformes pour côtoyer des sans-abri, réfugiés, personnes autistes, familles immigrantes et citoyens avec des problèmes de santé mentale. Pour mieux comprendre.

La peur de la différence

Les policiers ne sont pas meilleurs que quiconque. Mais une chose est sûre, ils doivent avoir des agissements exemplaires et irréprochables aux yeux de tous. Parce qu’ils interviennent dans des situations de crise. Parce qu’ils sont en position de pouvoir. Et parce que leurs actions reposent souvent sur de l’imprévisible et des perceptions, donc sur de possibles dérapages.

Ce qui a tué M. Floyd? La peur, l’abus de pouvoir et l’incompétence.

Peur de la différence – si c’est quelqu’un de « pas pareil », c’est sûrement un danger. C’est ce « nous versus eux » que j’ai combattu lorsque nous avons pensé la Police de quartier.

Abus de pouvoir, celui d’un incompétent qui a fait usage d’une force excessive. Et George Floyd qui criait à l’aide et plaidait pour sa vie…

Incompétence parce que depuis 20 ans, on enseigne aux policiers – incluant ceux des États-Unis – à ne pas mettre de poids sur une personne couchée par terre, surtout si elle est menottée dans le dos, et ce, pour éviter l’asphyxie positionnelle.

La tolérance peut sauver des vies

Vous comme moi ne connaissions pas George Floyd. Cela ne nous empêche pas, en sa mémoire, de prendre des engagements.

Tous les jours, nous devons nous assurer que le serment des policiers, qui est de servir et de protéger, repose sur le respect, l’ouverture et la tolérance.

Nous devons veiller à ce que les policiers soient des gardiens de l’égalité des droits dans nos vies et dans nos rues.

La police doit incarner la confiance et la sécurité. Quand on se sent en danger, tous devraient pouvoir courir vers elle sans peur. Comme le disait Sir Robert Peel en 1829 : « La police est la communauté et la communauté est la police. »

Débattre, ne pas se battre

« Manifester pour dénoncer le racisme et exiger que les choses changent est noble et nécessaire », a affirmé la mairesse de Montréal, Valérie Plante. J’abonde.

Nous devons nous engager à réagir à toute injustice de nature raciste, homophobe, xénophobe et religieuse.

Nous devons exprimer notre colère face aux crimes haineux, mais en manifestant de façon pacifique. La violence ne doit pas remplacer la violence.

Depuis quelques jours, des milliers de personnes, incluant des policiers, posent un genou à terre ou marchent ensemble en geste de fraternité. La SQ et le SPVM ont aussi exprimé leur soutien aux manifestants. Je salue cet appui.

Il est important qu’on se rassemble pour s’écouter. Avec humilité. En acceptant qu’il y a des choses à améliorer et des inégalités à abolir.

Il faut écouter et croire les lanceurs d’alerte qui dénoncent des situations inacceptables. Aujourd’hui, des citoyens nous parlent.

Notre devoir est de les écouter. De les comprendre. Et de nous engager.

 

Jacques Duchesneau

Inspecteur général de la Ville de Saint-Jérôme
Directeur retraité du SPVM, ex-membre de l’Assemblée nationale du Québec

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