La Bohème de Saint-Sauveur

Par Simon Cordeau
La Bohème de Saint-Sauveur

Nos villages ont une mémoire. Leurs habitants pourraient chacun vous en raconter un petit bout. Cette semaine Marcel Karsenty, résident de Saint-Sauveur depuis 40 ans et ancien propriétaire du restaurant la Bohème, nous partage quelques souvenirs.

Marcel Karsenty s’est installé à Saint-Sauveur en 1981. « Saint-Sauveur, c’est la perle des Laurentides. Il se passait beaucoup de choses. Il y avait des restaurants français, des boîtes de nuit… Avant 1981, je venais manger, Chez Paco ou à la Nouvelle-France. Je me suis dit que j’aimerais bien avoir un restaurant là, et j’ai surveillé les locaux disponibles. »

Il a loué le 251 rue principale, au cœur du village, où se trouve toujours le petit bistro décontracté. « Avant c’était un fleuriste, après c’est devenu une pâtisserie. Moi je l’ai acheté et j’en ai fait un restaurant. Mais dans le contrat, j’étais obligé de vendre des pâtisseries [rires], parce que le gars était certain que ça ne marcherait pas », raconte-il.

Les cuisiniers

Les débuts de La Bohème sont modestes, tout comme son propriétaire d’alors. « Moi, je n’y connaissais rien. Je ne savais même pas faire cuire un œuf. Mon premier cuisinier, c’est un gars qui adorait faire du ski. Alors il s’en allait skier et il m’appelait toutes les heures. « Est-ce qu’il y a des clients? » Alors je disais : « Il y a quatre ou six clients. » Il venait, paf!, il faisait les clients et il repartait. [Rires] Ça me permettait d’économiser sur le salaire. »

Lorsque la clientèle est devenue plus régulière, il a dû engager des cuisiniers permanents. « J’ai gardé mes employés très longtemps. Le dernier avait 25 ou 28 ans de service. La Bohème, quand tu rentrais là, tu ne voulais plus aller ailleurs. »

Le dernier soir de musique

« Dans le temps, la Ville nous permettait d’avoir de la musique dehors. À gauche, le Bouffe en Broche avait Kaplan, un musicien qui jouait de la musique techno. En face, Les Beaux Dimanches avaient un violoniste et un violoncelliste qui jouaient de la grande musique. Au restaurant à droite, c’était un chanteur de blues. Quand les clients entraient, je leur disais : « Techno, grande musique ou blues? » », raconte le Sauverois.

Mais la cohabitation n’a pas duré longtemps. « Un moment donné, Kaplan a monté le son. Le violoncelliste a fait ce qu’il a pu, en appuyant sur les cordes. Le bluesman, lui aussi, a monté le son. Kaplan augmente le son de nouveau, le violoncelliste abandonne, le bluesman monte encore… »

« Le bruit de la musique, on l’entendait jusqu’au mont Habitant! Et c’était l’ancien policier, M. Pagé, qui habitait là. On était samedi soir, alors il nous a dit : « Dimanche, c’est la dernière journée que vous faites la musique avec un amplificateur. » Les chanteurs ne voulaient pas chanter sans amplificateur. Alors ça voulait dire qu’il n’y aurait plus de musique. »

Les Sauverois ont tout même fêté une dernière fois. « Donc on a organisé une farandole. Tout le monde se tenait par les épaules. On a fait le tour de tous les restaurants, pour la dernière journée de la musique. Et on s’est bien amusés, quoi! Saint-Sauveur, c’était vraiment mouvementé comme ambiance. »

Si, comme Marcel, vous avez des souvenirs à partager ou des histoires à raconter sur votre village, écrivez-moi : simon@journalacces.ca

La Bohème de Saint-Sauveur
Photo : Marcel Karsenty
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