Stéphane Forget milite pour plus d'agressivité…


Publié le 2 juin 2017

Stéphane Forget a rappelé que la Fédération des Chambres de commerce regroupait 60 000 entreprises et gens d'affaires par ses 140 Chambres.

©Photo TC Media - Hélène Ruel

Agressivité, rapidité, créativité. C'est de tout cela dont les entreprises ont besoin, elles qui constituent le moteur du développement économique du Québec, soutient Stéphane Forget, président-directeur général de la Fédération des Chambres de commerce du Québec.

M. Forget était à Victoriaville vendredi matin, invité par la Chambre de commerce et d'industrie des Bois-Francs/Érable, pour une conférence qu'il aurait dû prononcer le 28 mars dernier, mais qu'il avait dû reporter en raison du dépôt du budget du gouvernement du Québec.

Devant une trentaine de convives, M. Forget a d'abord situé l'économie québécoise dans le contexte mondial, a dissipé certaines inquiétudes quant aux incidences des décisions du président américain Donald Trump, a brossé un portrait des atouts… et des faiblesses du Québec.

Et il a campé clairement les positions de la Fédération des Chambres sur le salaire minimum et sur les hydrocarbures.

Non au salaire à 15 $

La Fédération s'oppose à une hausse du salaire minimum à 15 $ et cela pour plusieurs raisons, a expliqué le conférencier.

Cette augmentation nuirait aux petites entreprises, créerait un effet à la hausse sur l'ensemble des salaires, soutient-il. «Il faudrait plutôt des mesures pour venir en aide aux 100 000 travailleurs qui, depuis des années, travaillent au salaire minimum», a souligné M. Forget, estimant que des 300 000 travailleurs au salaire minimum, il faut en soustraire les étudiants ainsi que les âgés pour qui il s'agit d'un revenu d'appoint. «La pression s'accentuera sur le Québec pour le salaire à 15 $, ces 15 $ n'ayant pas la même valeur en Ontario qu'au Québec, par exemple.»

La Fédération des Chambres militerait plutôt pour que le salaire minimum se fixe à 50% du salaire moyen.

Pétrole, l'«incohérence»des Québécois

Le PDG de la Fédération des chambres a également abordé la question des hydrocarbures. Les Québécois manquent un peu de cohérence, affirme-t-il, eux qui consomment de plus en plus de pétrole, mais s'opposent au passage d'un pipeline et s'inquiètent du transport par train ou par bateau.

«Terminons l'exploitation pour voir si on a un réel potentiel. Après, on fera le débat», a-t-il affirmé. Il a ajouté que si le Québec en arrivait à exploiter les hydrocarbures, il pourrait s'inspirer de la manière de faire albertaine («pas les sables bitumineux», a-t-il précisé).

Ces deux sujets, M. Forget a été appelé à les commenter davantage au moment de la période de questions.

Sa conférence a cependant couvert un plus large panorama.

Il s'est attardé aux défis qui confrontent l'économie québécoise. Il y en a plusieurs selon lui, comme celui de la démographie (faire des bébés ou miser sur l'immigration), de la main-d'œuvre, de la formation, de la productivité. Là-dessus, il soutient qu'il ne s'agit pas de savoir si on travaille plus ou moins, mais il faut assurément travailler mieux, dit-il.

Stéphane Forget se montre moins inquiet des incidences d'une renégociation des accords de libre-échange avec les États-Unis que de la réforme fiscale qui se prépare chez les voisins du sud et qui pourrait compromettre la compétitivité du Québec, «condamné» à exporter. «Il faudra que nos gouvernements soient prêts à réagir, et vite.»

Il soutient que même si le président Trump voulait élever des «barrières» aux frontières, beaucoup d'états américains (35 sur 50) s'interposeraient, eux qui ont besoin de leurs partenaires canadiens.

Des gouvernements, dont il dit qu'ils doivent cesser «d'être des compétiteurs» des entreprises, le PDG de la Fédération s'attend à ce qu'ils soient plus efficaces, continuent d'investir dans les infrastructures, attirent la bonne «immigration». Et qu'ils utilisent mieux le Fonds vert.

Il ajoute, à ce propos, que les entreprises doivent être plus agressives pour sauver la planète, tout en demeurant compétitives. «Si d'être plus vertes entraîne plus de charges, on aura réduit les gaz à effet de serre… à cause de fermetures.»

M. Forget a également abordé la question de la formation qui devrait être plus accessible, tant en réduisant le nombre obligatoire de participants à une cohorte (afin de démarrer le cours) qu'en offrant des horaires plus flexibles (soir et fin de semaine) ainsi que des formations en ligne. Il reproche au ministère de l'Éducation de prendre de cinq à sept ans pour modifier un programme de formation.

Quant aux entreprises, elles ont aussi leurs défis à relever. Il leur faut investir dans la recherche et le développement, innover, prendre, et rapidement, le virage numérique.