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Rencontre avec Claude Dubois


Publié le 10 septembre 2017

Claude Dubois

©Gracieuseté

ENTREVUE. Ils se connaissent depuis de nombreuses années. Claude Dubois avait 15 ans lorsqu'il a rencontré Gilles Vigneault pour la première fois. Aujourd'hui, à 70 ans, le destin a voulu que ça soit lui qui donne le coup d'envoi de la première programmation du Théâtre qui porte le nom du poète.

Que ressentez-vous à l'idée de donner le coup d’envoi à la saison de spectacles du tout nouveau Théâtre Gilles-Vigneault?

Gilles Vigneault est quelqu'un que je connais. Pour moi, c'est symbolique. Gilles ne pourra pas être là parce qu'il part dans le Sud l'hiver. C'est un bonheur et un honneur d'aller là pour l'ouverture de ce théâtre. C'est significatif que ce soit le Théâtre Gilles-Vigneault. Ça va au-delà d'avoir un spectacle à donner. C'est l'ouverture d'un lieu nouveau, un théâtre à Saint-Jérôme! Je trouve ça important. C'est quelque chose de bien, qui n'est pas ordinaire, et ça me touche. Saint-Jérôme, pour nous, c'est notre grande ville. Je vis dans la forêt, je ne vis pas à Saint-Sauveur ni à Morin-Heights, je suis dans un lieu avec un lac sauvage et je n'ai pas de voisin. Pour moi Saint-Jérôme c'est ma capitale!

Qu'est-ce qui vous porte à écrire, vous inspire?

C'est lointain tout cela, j'ai le souvenir d'écrire j'avais 14 ans. Je ne suis pas coincé dans une seule direction. Il y a différentes choses qui me parlent. Le tout c'est d'avoir l'instinct de le faire. C'est de dire OK, j'y vais, je vais écrire. Les sujets ne manquent pas autour de nous. On est dans un nouveau millénaire, on ne peut plus bizarre dans le sens où la place que prend l'informatique est un peu ridicule. Tu ne peux plus t'acheter une banane parce qu'il n’y a pas d'électricité! Tu as les sous, mais ils ne peuvent pas te la donner parce que ça ne sera pas enregistré dans l'ordinateur. C'est absolument à l'opposé de ce que devait être l'objet qui devait nous simplifier les choses.

Quand on cherche des sujets, il y en a beaucoup. Il y en a à ne pas dormir! Ça m'étonne beaucoup qu'on n'ait pas plus de réactions à ce sujet-là entre autres. Il ne faut pas que la machine devienne le patron. Mais, il y a des milliers d'avenues et il y a l'avenue la plus humble qui est l'amour que les êtres se portent, c’est incontournable et c'est éternel!

Parlez-nous de votre phrase : Je n'aurai laissé derrière moi que quelques pas dans le sable du temps, effacés par la vague des modes?

C'est une réalité, le temps est ce qu'il est. Les êtres sont là, ils existent. Le temps passe, il y a d’autres êtres. Nous sommes 7 milliards et ça va croître très rapidement. Il y a ce texte <@Ri>Les feuilles mortes<@$p> qui dit un peu la même chose (Et la mer efface sur le sable les pas des amants désunis.). Ça reste quelque chose de déjà vu ce que j'écris, dans un certain sens, sauf que c'est amené d'une autre façon. C'est amené par rapport à ce qu'on écrit, à ce qu'on est, ce qu'on fait. Les écrits restent et les êtres passent, peut-être, je n'en sais rien, mais, dans ma perception, je pense qu'il faut saisir la poésie pendant qu'elle respire…

Vous avez reçu le prix d’Impératif français. C'est important pour vous ?

C'est important, oui. Dans le sens aussi de ce que représente le Québec au niveau de la francophonie américaine, en rapport à ne pas devenir une langue morte. Aussi, l'idée que le Canada est un pays où le français est en deuxième classe et est traité en tant que telle. On a beau se raconter des salades, les populations francophones du Canada, il faut cesser de le taire, ne sont pas premières classes, ce sont les Anglais. Je n'accepte pas la condition de deuxième classe canadienne ils peuvent se la garder. C'est le combat qu'on doit livrer ou l'attention que l'on doit porter à sa culture. Donc quand je reçois ce prix, j'ai l'impression d'avoir soutenu quelque chose. Et j'en ai grand plaisir!

L’organisme Impératif français a honoré le chanteur Claude Dubois en lui décernant le Prix prestige «Impératif français», remis annuellement à une personnalité ayant contribué au rayonnement de la langue française.

Aimeriez-vous faire de la scène longtemps?

Je n'ai jamais compté le nombre d'heures que j'y ai passées, où je suis resté debout, mais c'est pour moi un mode d'expression qui va au-delà de tous les autres, en ce qui me concerne, c'est ma réalité et j'y trouve des moments fabuleux.

Parlez-nous de l'album Zampano

C'est un album de reprises et il y a beaucoup de travail, du studio, des heures et des heures, des mois, voire des années. Ça avait été amené par une autorisation qu'a obtenue Pierrette Dupoyet, une comédienne qui fait chaque année des représentations à Avignon, de Federico Fellini d'approcher la Strada. C'est intouchable et elle me la transmise. J'ai écrit Zampano au complet à partir de l'inspiration de la Strada de Fellini. Je trouvais que c'était un peu trop théâtreux alors je l’ai remis plus rock, plus lourd, plus agressif et avec beaucoup de tendresse. C'est appelé à devenir une comédie musicale. Ça arrivera, que je le fasse moi ou quelqu'un d’autre, c'est inscrit!

Et l'album Mes racines?

Dans le cas de Mes racines c'est un enregistrement que j'ai fait dans les années 70 avec le groupe Les Wailers du chanteur Bob Marley. Dans les années qui ont suivi son décès (1981), je me suis retrouvé dans un studio à Londres et j'ai enregistré ce disque. C'était la première fois qu'on chantait du reggae en français et c'était probablement la deuxième fois qu'un blanc en chantait. Mais, on s'est retrouvé avec des chansons qui n'étaient pas dans la bonne tonalité. J'ai vécu avec, mais ça me dérangeait au plus point et je ne pouvais pas recommencer, à l'époque je n'avais pas assez d'argent. Il est resté une chanson qui s'appelle Artistes qui a traversé le temps. Aujourd'hui, avec les outils que nous avons, j'ai refait les enregistrements. J'avais gardé les 24 pistes. Dans le studio aménagé chez moi, j'ai réussi à remettre les instruments dans la bonne tonalité. J'ai enlevé tout ce qui était reggae commercial et j'ai gardé ce qu'on appelle du roots (racines) et la profondeur qu'il y avait sur les pistes.

Pour finir quel est le mot que vous aimez le plus?

Fabuleux!

 

Dubois en liberté

La saison de spectacles au Théâtre Gilles-Vigneault s’ouvrira avec Claude Dubois, qui présentera Dubois en liberté le 29 novembre. L’auteur-compositeur-interprète des Laurentides donnera, par le fait même, le coup d’envoi à la saison de spectacles présentés sur la scène du tout nouveau Théâtre Gilles-Vigneault. Dans ce spectacle, Claude Dubois revisite les chansons les plus demandées de son vaste répertoire en interprétant l’ensemble de ses titres incontournables. Le chanteur sera accompagné de quatre musiciens. Pour plus d’information, consultez le site theatregillesvigneault.com